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SAMOURAÏ

 

 

 

Une fête pour moi

 

   De nos jours, les bébés ne naissent plus dans les choux et les roses, pas même les chatons. Si bien que Petit Parrain me recherche inlassablement sur l'écran d'Internet, tandis que mes deux Grands Parrains et ma future maîtresse sillonnent les départements limitrophes pour me trouver. Néammoins, ils sont revenus plusieurs fois sans m'avoir découvert... Mon sac de voyage de luxe, vide.

 

Acte 1

 

L'adoption

 

   Mon histoire débuta dans ma famille d'adoption, un peu tristement ; ma maîtresse venait de perdre ma demi-soeur Fataline de dix neuf ans (92 ans) mon aînée et, pour un tantinet oublier, désirait une petite soeur.

   Elle prospecta dans toute la France, (il n'y a qu'à voir sa facture de téléphone). Elle fréquenta toutes les manifestations félines de France et de Navarre ; elle dévora des piles d'encyclopédies félines, s'abonna à toutes les revues à la mode féline... Jusqu'au jour où le sort en décida autrement...

   ... Et, me voici, moi Samouraï du Dragon de Jade.

 

 

   Je suis né dans une ville du sud de la France, à la gendarmerie figurez-vous ! Mon père humain est gendarme ; mon éleveuse a eu bien du souci lorsque ma soeur et moi sommes nés (oui, j'ai une vraie petite soeur Symphonie). Je vous en reparlerai un jour.

 

 

Acte 2

 

La fête commence

 

   Quelle ne fut pas la surprise, lorsque je fus présenté aux invités... "C'est une fille ?" s'exclamèrent-ils.

   "Comment ? Je suis un garçon, un vrai ! Je fis mine de n'être pas vexé sachant que ce n'était pas moi qu'on attendait, et, de toute façon je suis beau comme un astre !

   Je fus vite adulé par les invités qui se tenaient tout autour de moi, admiratifs... Je l'ai bien vu !"

   "Oh ! Comme il est beau !

   "Et ses yeux...

"Vous avez vu ses yeux ? Ils sont d'un bleu, d'un bleu !"

   Ca voulait tout dire. Etait-ce le bleu de Klein, celui de Matisse... Le bleu du ciel...

   Je gonflais encore plus mon poil déjà bien bouffant, entortillé comme le rôti du dimanche dans les rubans de satin roses et bleus qui s'emmêlaient, au point de rester bien protégé de tous ces yeux qui me scrutaient, bien lové dans les cubes de carton qu'on m'avait confectionné pour l'occasion.

   Quelle mise en scène ma maîtresse me faisait-elle interpréter ! Enfin, ce sont certainement des fantasmes d'artistes...

   J'étais bon joueur et j'acceptais tout ; d'ailleurs, ce fut en ma faveur car j'entendais : "Comme il est sociable ! Comme il est docile"...

   De mes boîtes, je pouvais observer à mon tour cette assemblée toute vêtue de bleu. Si ce n'était pas le superbe kimono de ma maîtresse, tous ces bleus ressemblaient plutôt au bleu des tenues de la Chine populaire. Enfin...

   Et ce fut le moment de la photo de famille.

 

 

 

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Acte 3

 

La photo

 

 

  Mes deux Grands Parrains se tenaient fiers à côté de moi ou peut-être était-ce moi qui me tenais fièrement dans leurs bras. Le Petit Parrain, quant à lui, à qui j'avais donné un coup de griffe en jouant, (à travers les gros trous de mes boîtes) semblait plus réservé et septique ; peut-être l'avais-je déçu ?

   On me fit passer de bras en bras, on me flattait de la main, on m'embrassait partout, (sans vraiment me connaître), que de familiarités ! Je crois qu'à ce moment-là, j'en avais assez, mais ayant reçu une excellente éducation chez ma tendre éleveuse, je me gardais bien de montrer mon impatience, voulant être à mon avantage à ce moment-là. Je me maîtrisais poliment et, pareil à ma véritable Maman-chat (Rive d'O Douce, nommée Chamalo), je faisais le bonbon mou et me laissais aller ; (ça c'est génétique !).

 

 

Acte 4

 

...Mais revenons à ma fête...

 

   Le décor était somptueux : nappes d'organdi, assiettes en carton... Mais dorées ! Serviettes de papier tigré, (je ne suis pourtant pas un chat de gouttière tabby) quel mauvais goût ! Des ribambelles de souris en carton me narguaient, accrochées en frises contre les murs. Dragées de nacre (offertes par les Parrains) dans une coupe de cristal, (du vrai cette fois) datant de mon Arrière-grand-mère humain, (cela est authentique, mais les dragées étaient roses).

   On confia la pièce montée à un célèbre pâtissier (comme vous pouvez le constater sur l'étiquette). Mes deux Grands Parrains avaient la mission d'aller chercher la commande chez ce pâtissier et de la transporter en voiture. Je ne vous raconte pas le voyage ! Ils devaient prévoir les tournants avant de les affronter réellement pour que ma pièce montée n'arrive pas décapitée !!!

   Dans les montées... Ma maison est sur la colline ils devaient cabrer la pièce montée. Enfin, elle arriva entière ou à peu près, coiffée de nougatine (faut... Ce qu'il faut !) une figurine en porcelaine m'imitant vulgairement (un Sacré de Birmanie blue point) dominait la couronne de sucre.

   Alors ma Fête commença et se poursuivit tard dans la nuit.

 

 

Acte 5

 

Mes cadeaux

 

   On me fit beaucoup jouer par crainte que je me fasse "la malle" dans le jardin sans surveillance.

   Le champagne coulait à flots !

 

 

   Et ce fut le moment des cadeaux : souris en fourrure, des grises, des blanches, des angora avec des yeux bleus (moins beaux que les miens) ! Des souris vertes avec des yeux roses... Des boîtes de lait bio, collier, médailles gravée de mon joli nom et de mon numéro de téléphone, (comme si je n'étais pas capable de retrouver mon chemin, on me prend pour qui ? Album de photos pour les souvenirs... (Dix pellicules de photos de trente six poses depuis mon adoption) et encore et encore des cadeaux; même un bonzaï, un arbre de vie pour moi Samouraï, (tiens, avec un tréma comme mon nom), quel boulot pour ma maîtresse, il faut le baigner, le "cocouner"... Elle va passer plus de temps avec mon arbre qu'avec moi, (je suis déjà jaloux et exclusif).

   D'ailleurs, à l'heure où je vous raconte ma fête, je me prélasse contre la jambe de ma maîtresse, une patte (mal gantée) sur son genou. Je suis possessif mais elle m'adore déjà.

 

 

Acte 6

 

Ma fête bat son plein

 

  Dans le courant de la fête, ma maîtresse obligea tous les invités, même les plus vieux, à s'asseoir en tailleur et à écrire un mot sur moi, sur du papier japonais, avec des roseaux en pointe pour les pleins et les déliés et des pinceaux japonais... Je ne vous raconte pas "les pattes de mouches" ! (Sic).

   Même Baudelaire a écrit quelque chose à propos de moi ; j'ai lu le poème encadré dans un endroit de la fête. Un malheureux CD de musique Birmane et de musique Japonaise se fatiguait à jouer à travers les rires, les bruits de mandibules des invités.

   Après la pièce montée, il y eut un gâteau au thé et au caramel, (au thé on ne l'a pas fait exprès, c'est une spécialité de la ville), un beau gâteau, trop gros, signé de mon nom "Samouraï" (mais ils avaient oublié le tréma, ça me contrarie). Heureusement, ils ont servi de la salade de fruits, on en avait assez des sucreries.

   Le champagne coulait toujours à flots !

   Quelle belle fête ce fut... (Fête en Birmanie s'écrit : "pwe").

   Ah ! Faut bien rêver... Ma maîtresse rêve beaucoup et je crois que moi j'aime bien ça.

   Sur un petit mot j'ai lu : "Longue vie à Samouraï".

 

 

   Au fait, ma grande soeur Fataline était là aussi, elle était dans une belle photo avec plein de serpentins de couleurs autour.

 

15 août 2001

Paulette B.

 

 

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